Personnalités publiques

  • Mort du journaliste Henri Tincq, victime du Covid-19

    Ancien vaticaniste au journal »le Monde», spécialiste du catholicisme, Henri Tincq a marqué de sa plume l'information sur les religions pendant plus de trente ans.

    L’épidémie de coronavirus tue impitoyablement. Ancien vaticaniste du quotidien le Monde, le journaliste Henri Tincq, âgé de 74 ans, figure de l’information religieuse depuis les années 80, s’est éteint, dans la nuit de samedi à dimanche, victime du Covid-19. Après avoir été journaliste politique au quotidien catholique la Croix, il avait intégré la rédaction du Monde en 1983 pour y suivre les questions des religions. «Henri a été, en France, le pape de l’information religieuse pendant presque un quart de siècle», souligne son ancien confrère Patrick Perotto, ex-chroniqueur sur ces questions au quotidien l’Est Républicain. Pendant les deux décennies où il écrit dans le Monde, Henri Tincq, spécialiste reconnu du catholicisme, a vu l’émergence d’une société française de plus en plus sécularisée et marquée par le pluralisme religieux.

    Fils de mineur, né le 2 novembre 1945 à Fourquières-lez-Lens (Pas-de-Calais) Henri Tincq, diplômé de Sciences-Po et de l’Ecole supérieure de journalisme de Lille, avait été marqué dès son enfance par le catholicisme social. Par la suite, il avait milité à la JEC (Jeunesse étudiante chrétienne). Catholique pratiquant, Henri Tincq était investi dans sa paroisse du Val-de-Marne. A l’aumônerie du lycée fréquenté par ses enfants, il avait fait la connaissance du futur archevêque de Lyon, le cardinal Philippe Barbarin. Mais ce n’est pas à ce prélat qu’allait son admiration. Le chroniqueur religieux s’était passionnément intéressé à Jean-Marie Lustiger, l’ancien archevêque de Paris d’origine juive dont il a écrit une biographie, Jean-Marie Lustiger, le cardinal prophète (1). Comme journaliste, Henri Tincq a aussi beaucoup creusé la question des relations entre l’Eglise catholique et le judaïsme, publiant plusieurs ouvrages sur la question.

    Sa carrière de journaliste a été très marquée par le suivi du pontificat de Jean Paul II. Henri Tincq était un vaticaniste d’envergure internationale. «C’était un admirateur du pape polonais», explique Patrick Perotto. En 2005 à la mort de Jean Paul II, il fut l’un des premiers à prédire la future élection de Joseph Ratzinger, devenu Benoît XVI. Cet après-midi du 19 avril 2005, à Rome, une poignée de journalistes français, présents à la salle de presse du Vatican, accueillirent, à son arrivée, Henri Tincq par des applaudissements. «Il en avait été très fier», se souvient Patrick Perotto.

    Inquiet de la dérive droitière du catholicisme

    Depuis son départ en retraite du Monde en 2008, Henri Tincq, une forte personnalité, faisant preuve d’un individualisme marqué, continuait à collaborer au site d’informations en ligne Slate.fr tout en étant l’auteur de plusieurs ouvrages. Ces dernières années, les scandales qui secouaient l’Eglise catholique l’avaient plongé dans un profond désarroi. «C’était une grande souffrance pour lui», raconte l’éditeur Marc Leboucher, proche de son entourage. Il s’était d’abord inquiété de la dérive droitière du catholicisme et la redoutait. Il en avait fait, en 2018, un livre, La grande peur des catholiques français (Grasset). «Je ne reconnais plus mon Eglise», tels étaient les premiers mots de cet ouvrage, défense et illustration d’un catholicisme d’ouverture et engagé.

    A cette époque, il est aussi l’un des premiers lecteurs attentifs et encore une fois bouleversé du livre de Frédéric Martel, Sodoma (2) qui a révélé l’ampleur de l’homosexualité au sein de la hiérarchie catholique. A ceux qui l’interrogeaient, Henri Tincq confiait combien cela remettait en cause sa vision de l’Eglise, du pontificat de Jean Paul II qu’il avait ardemment admiré.

    Proche du fondateur de l’Arche

    Quelques semaines à peine avant sa disparition, l’ex-chroniqueur religieux du Monde encaissait encore une très sale nouvelle : les révélations des abus sexuels commis par Jean Vanier, le fondateur de l’Arche dont il était proche. «Comme si le ciel me tombait sur la tête, j’apprenais samedi que ce saint que je vénérais depuis longtemps était en fait un pervers. […] Comment croire qu’une personnalité que l’on a admirée, adulée, aimée puisse faire l’objet de révélations étrangères à ses engagements, à ses enseignements, à sa vie?» s’interrogeait-il dans son dernier article, publié le 25 février, sur le site de Slate.fr.

    De santé fragile, souffrant de graves problèmes rénaux, Henri Tincq, père de trois enfants, était en attente d’une seconde greffe. A la mi-mars, atteint par le Covid-19, il avait été hospitalisé, à l’hôpital de Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne) et placé en réanimation. 

     

    source: https://www.msn.com/fr-fr/actualite/coronavirus/mort-du-journaliste-henri-tincq-victime-du-covid-19/ar-BB11VqfC?li=AAaCKnE&ocid=UP97DHP

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  • Coronavirus: Patrick Devedjian, ex-ministre de Nicolas Sarkozy, est mort du Covid-19

    L'élu Les Républicains de 75 ans avait été placé en observation mercredi dans un hôpital du département.

    Il est l'une des victimes connues du Covid-19Patrick Devedjian, le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine et ancien ministre de Nicolas Sarkozy, est mort dans la nuit de samedi 28 mars à dimanche 29 mars des suites du coronavirus, a annoncé le conseil départemental des Hauts-de-Seine sur Twitter.

    L'élu Les Républicains de 75 ans avait été placé en observation mercredi dans un hôpital du département.

    Plusieurs fois ministre dans les années 2000

    Avocat de profession, ancien député de la 13ème circonscription des Hauts-de-Seine de 1986 à 2017, ancien maire d’Antony de 1983 à 2002, Patrick Devedjian a été conseiller départemental en 2004, puis Président du Conseil départemental en 2007.

    Il fut porte-parole du RPR de 1999 à 2001, et secrétaire général de l’UMP de 2007 à 2008. Patrick Devedjian occupa aussi plusieurs fonctions gouvernementales, d'abord, en tant que ministre délégué chargé des Libertés locales (2002 à 2004). Très attaché à l’autonomie des collectivités territoriales, il pilota les lois de l’acte II de la décentralisation. Il fut ensuite ministre délégué à l'Industrie (2004 à 2005), puis ministre chargé de la mise en oeuvre du plan de relance (2008 à 2010).

    "Fier de ses origines arméniennes, il n'a cessé de combattre pour la reconnaissance du génocide et pour le développement de l'Arménie d'aujourd'hui", indique aussi le Conseil départemental des Hauts-de-Seine, dans un communiqué.

    "Marié depuis 1969 avec Sophie Vanbremeersch, il avait quatre fils, Thomas, François, Arthur et Basile, et dix petits-enfants", précise le document.

    Les réactions politiques se multiplient

     

    Les réactions de partenaires et d'adversaires politiques se multiplient, dimanche matin sur les réseaux sociaux. "Grande tristesse d’apprendre la mort de Patrick Devedjian. Homme courageux et totalement devoué à sa ville d’Antony et aux Hauts-de-Seime. Condoléances à sa famille et à ses équipes", écrit ainsi le président du Sénat Gérard Larcher (Les Républicains) sur Twitter.

    "Immense émotion à l’annonce de la mort de mon ami Patrick Devedjian", renchérit le député LR Eric Ciotti, qui salue un "homme de conviction, brillant juriste, ministre efficace et président des Hauts-de-Seine engagé". "Quelle terrible nouvelle que celle du décès brutal de Patrick Devedjian, écrit aussi l'ancien ministre de droite Yves Jégo. C’était un homme politique de convictions, remarquable d’efficacité et d’intelligence."

    Je suis sous le choc de la disparition de Patrick Devedjian et je voudrais dire ma profonde tristesse à Sophie Devedjian et ses enfants", écrit l'ancienne présidente du Medef Laurence Parisot sur Twitter. L'ancien Premier ministre socialiste, Manuel Valls, salue de son côté "son franc parler, son humour, son ancrage local""Il était affectueux et d’ une grande culture. À sa famille et à ses proches toutes mes condoléances", ajoute Manuel Valls.

     

    source: https://www.msn.com/fr-fr/actualite/coronavirus/coronavirus-patrick-devedjian-le-pr%c3%a9sident-du-conseil-d%c3%a9partemental-des-hauts-de-seine-et-ex-ministre-est-mort-du-covid-19/ar-BB11RmrL?li=AAaCKnE&ocid=UP97DHP

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  • Le compositeur et chef d'orchestre polonais Krzysztof Penderecki est mort

    Le compositeur et chef d'orchestre polonais Krzysztof Penderecki, grande figure de l'avant-garde sonore des années 1960 et en même temps fidèle à la tradition religieuse et aux grands maîtres du passé, est décédé dimanche à l'âge de 86 ans, dans sa ville natale de Cracovie.

    Le quadruple lauréat des Grammy Awards (en 1988, en 1999 - dans deux catégories, et en 2017), commence sa brillante carrière en 1959, au moment où ses trois compositions, "Strophes", "Emanations" et "Les psaumes de David", remportent les trois premiers prix d'un Concours pour jeunes compositeurs à Varsovie.

     

    Grâce à un dégel temporaire du régime communiste en Pologne à l'époque, les œuvres de Penderecki arrivent à percer le rideau de fer et connaissent un succès international immédiat.

     

    Penderecki a alors recours à des intervalles inhabituelles, grappes sonores, glissandi, timbres inouïs des instruments utilisés de manière peu ordinaire. Sa musique est riche d'effets sonores. Il fait jouer feuilles de métal, sifflets, morceaux de verre et de métal frottés avec une lime, cliquettes, sonneries électriques, scies, machines à écrire ou sirènes d'alarme.

    Le compositeur invente aussi des symboles de notation musicale correspondant à ces moyens d'expression alors inconnus.

    Par la suite, Penderecki abandonne peu à peu son langage d'avant-garde. Critiquée par le milieu musical, cette évolution est applaudie par le public. Il renoue alors avec une écriture néo-tonale, postromantique, avec un contenu et une construction accessibles à un plus large public. 

    "Ma musique reste la même. Seuls les moyens (d'expression) ont changé", se défend-il alors.

    En 2011, le vieux maître a noué une coopération avec Jonny Greenwood, leader du groupe rock anglais Radiohead, et le compositeur de musique électronique Aphex Twin, tous deux admirateurs de son œuvre. Leur rencontre s'est soldée par des concerts et un projet de disque en commun.

    "Je suis content que des univers musicaux différents aient pu se rencontrer. Et j'ai vu ce jeune public enthousiaste", se réjouit-il.

    Contrairement à la plupart des compositeurs de sa génération, une part essentielle de l'inspiration de Penderecki fut d'origine religieuse (Stabat Mater, Passion selon Saint-Luc).

    "J'ai toujours agi par esprit de contradiction", explique le compositeur.

    "Quand j'étais étudiant, la musique sacrée était interdite, puis, pendant des années, elle continuait à être très mal appréciée par les autorités (communistes). Elle était aussi mal accueillie par mes collègues qui, à part Messiaen, n'y ont pas touché", ajoute-t-il.

    Né le 23 novembre 1933 à Debica (sud), Krzysztof Penderecki est admis au Conservatoire de Cracovie à l'âge de 18 ans. Il fait en même temps des études de philosophie, d'histoire de l'art et de littérature.

    Ensuite, il marie sa carrière d'avant-gardiste avec celle d'enseignant de composition dans différentes grandes écoles de musique à travers le monde.

    En tant que chef d'orchestre, il donne des concerts avec les plus illustres orchestres symphoniques d'Europe et des Etats Unis. Il est membre des Académies de musique de très nombreux pays.

    "Dans mon microcosme musical, j'ai relié les acquis de l'avant-garde avec la grande tradition de la musique symphonique des XVIIIe, XIXe et XXe siècles. On ne peut pas être artiste sans avoir connu la tradition, sans avoir digéré les œuvres du passé, étudié en profondeur les vieux maîtres", dit-il.

    Pour réaliser cet objectif, il a fondé une Académie européenne de musique portant son nom, autour de son manoir à Luslawice, près de Tarnow, dans le sud-est de la Pologne.

    "Le sort d'un artiste est un labyrinthe. Il croit connaître le chemin mais doit le chercher sans arrêt. Souvent il va de l'avant mais, soudainement, il doit rebrousser chemin, revenir en arrière, rouvrir une porte qui avait déjà été refermée. C'est un dialogue constant avec le passé", ajoute Penderecki.

    Amoureux de la botanique, une autre grande passion de sa vie, il plante des labyrinthes dans le jardin de Luslawice, devenu déjà légendaire pour sa composition et sa richesse végétale.

    Interrogé sur la place de la botanique dans sa vie, le grand compositeur répondait: "Elle vient en deuxième position, juste après ma petite-fille".

     

    source: https://www.msn.com/fr-fr/divertissement/entertainmentmusic/krzysztof-penderecki-entre-lavant-garde-et-la-tradition-musicale/ar-BB11Rne8?li=AAaCKnE&ocid=UP97DHP

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  • Covid-19: mort du saxophoniste Manu Dibango

    Le 18 mars, un communiqué publié sur sa page Facebook annonçait son hospitalisation, à la suite d’une infection par le coronavirus.

    Ses fans l’appelaient « Papa Manu », « Le Doyen » ou simplement « Manu ». Le 18 mars, un communiqué publié sur sa page Facebook annonçait son hospitalisation, à la suite d’une infection par le coronavirus. Les mots se voulaient rassurants (« Il se repose et récupère dans la sérénité »). Manu Dibango, saxophoniste et vétéran des musiciens africains en France, est mort, mardi 24 mars, a annoncé sa famille. Il était âgé de 86 ans.

    « Chers parents, chers amis, chers fans,

    Une voix s’élève au lointain…

    C’est avec une profonde tristesse que nous vous annonçons la disparition de Manu Dibango, notre Papy Groove, survenue le 24 mars 2020 à l’âge de 86 ans, des suites du Covid-19.

    Les obsèques auront lieu dans la stricte intimité familiale, et un hommage lui sera rendu ultérieurement dès que possible. »

    Il laisse derrière lui soixante années de carrière et d’engagements, sans pause ni éclipse, enchaînant plusieurs vies, les oreilles toujours en alerte, à l’écoute du son des époques qu’il traversait.

    Saxophoniste au son charnu et rond, identifiable dès les premières mesures, Manu Dibango savait aussi être pianiste, vibraphoniste, joueur de marimba, pouvait jouer de la mandoline et, récemment, du balafon. Il était également chanteur, arrangeur et chef d’orchestre. Le compositeur de Soul Makossa (1972), le titre avec lequel il avait acquis une notoriété mondiale, résumait tout cela en une formule, lancée dans un de ces puissants éclats de rire qu’il semait à la volée : « Je me contente de faire de la musique. »

    Son histoire commence sous le nom d’Emmanuel Dibango, né d’une mère couturière et d’un père fonctionnaire, le 12 décembre 1933, à Douala, le port où débarquèrent les premiers Européens au Cameroun. L’organiste du temple protestant où sa mère est chef de chœur lui met la musique à l’oreille et puis un oncle, vaguement guitariste.

    En 1949, il a 15 ans lorsque son père l’envoie en France, pour faire des études. Après vingt et un jours de traversée, il débarque à Marseille, avant de rejoindre sa famille d’accueil à Saint-Calais (Sarthe). Au milieu de ses bagages, il y a trois kilos de café qui paieront à ses hôtes son premier mois de pension. Manu Dibango aimait raconter cette anecdote qui lui inspirera le titre de sa première autobiographie, écrite en collaboration avec Danielle Rouard, Trois kilos de café (Lieu commun, 1989) – une seconde paraîtra en 2013, chez L’Archipel, Balade en saxo, dans les coulisses de ma vie.

    Après le collège à Saint-Calais, il fréquente le lycée de Chartres, où il apprend le piano avec un des enseignants. C’est pour lui l’âge des premières cigarettes et surtout la découverte du jazz, grâce à un compatriote de quatre ans son aîné, rencontré en colonie de vacances, à Saint-Germain-en-Laye, Francis Bebey (1929-2001), lui aussi futur musicien camerounais notoire. Celui-ci lui fait aimer Duke Ellington. Ils créent ensemble un trio dans lequel Dibango tient mandoline et piano.

    Installation à Léopoldville

    Au début des années 1950, Dibango découvre le saxophone alto, son futur identifiant. L’année de son bac, préparé (plus ou moins) à Reims, il file à Paris pendant les vacances, y passe ses nuits à fréquenter caves et cabarets où frétille le jazz. Il ne pense pas encore faire de la musique un métier mais son échec au bac va ouvrir le chemin.

    Quand son père lui coupe les vivres, en 1956, il part à Bruxelles. Embauché au Tabou, un cabaret à la mode, il y séduit un mannequin, Marie-Josée dite « Coco », qui deviendra sa femme. Puis il tourne à travers la Belgique avant de prendre la direction de l’orchestre d’une boîte bruxelloise, Les Anges noirs.

    Un jour y passe Joseph Kabasele, dit « Grand Kallé » (1930-1983), l’un des ténors de la rumba congolaise. Il est le créateur d’Indépendance cha cha, l’hymne des indépendances africaines et le premier tube panafricain, composé à Bruxelles, en 1960, au moment de la table ronde réunissant les dirigeants politiques congolais et les autorités belges. « Grand Kallé » embauche Manu Dibango comme saxophoniste dans son orchestre African Jazz, lui fait enregistrer avec lui et son groupe une quarantaine de titres dans un studio à Bruxelles, puis l’emmène en Afrique.

     

    Dibango s’installe avec sa femme à Léopoldville (future Kinshasa) où il ouvre son propre club, le Tam-Tam. En 1962, il débute une carrière discographique sous son nom en gravant des 45-tours à Léopoldville ou Bruxelles, dont le fameux Twist à Léo (Léo pour Léopoldville), un de ses premiers succès.

    Après une courte période de retour au Cameroun où il ouvre un second Tam-Tam, le musicien retourne s’installer en France, y collabore avec Dick Rivers, Nino Ferrer – dont il devient le chef d’orchestre –, Mike Brant… tout en continuant à enregistrer des 45-tours. Après un premier album, Saxy Party, constitué de reprises et de compositions, l’année 1972 marque le départ d’une nouvelle vie.

    Triomphe à l’Olympia

    Outre la parution d’African Voodoo (réédité en vinyle en 2019, sur Hot Casa Records), réunissant des enregistrements à l’origine destinés à servir de musiques d’illustration pour la publicité, la télévision et le cinéma, pour lequel il composera plusieurs bandes originales au fil de sa carrière, 1972 est surtout l’année de Soul Makossa. Un titre que son auteur pensait anecdotique, relégué sur la face B d’un 45-tours, au verso de l’hymne que Dibango avait composé pour soutenir l’équipe du Cameroun, pays qui accueillait la 8e Coupe d’Afrique des nations de football.

    Inclus dans l’album O BosoSoul Makossa se vendra à des millions d’exemplaires à travers le monde. Le tube sera « emprunté », sans autorisation, par Michael Jackson pour Wanna Be Startin’ Somethin’ sur l’album Thriller (1982). Il sera encore cité par Rihanna dans Don’t Stop the Music (2007) et par Jennifer Lopez dans le clip de Feelin’ So Good (2012).

    Soul Makossa permet à Manu Dibango de triompher à l’Olympia en 1973, tout en lui ouvrant les pistes de danse africaines et les ondes aux Etats-Unis. Le DJ new-yorkais David Mancuso, organisateur des soirées disco du Loft, avait craqué pour ce groove d’une efficacité redoutable.

    Manu Dibango est invité dans la foulée au prestigieux Apollo Theater, à Harlem, puis par le Fania All Stars, qui réunit le gotha d’une salsa en pleine ébullition à New York. « A l’époque, racontera-t-il, chacun revendiquait les racines africaines dans le Black et le Spanish Harlem. Les Fania All Stars m’ont demandé de tourner avec eux. J’étais le seul Africain de la bande, j’apparaissais donc un peu comme un symbole. »

    Avec le Fania, Dibango se produit au Madison Square Garden, au Yankee Stadium, tourne en Amérique latine. Après cette aventure, il jette l’ancre à Abidjan, en Côte d’Ivoire, pendant quatre ans pour y diriger l’Orchestre de la Radio-télévision ivoirienne. Viendront ensuite l’envie de toucher au reggae, à la musique cubaine, aux sons urbains dans l’air du temps (hip-hop, électro), sans jamais oublier le jazz, fil rouge au long de ces déambulations musicales.

    Nommé artiste de l’Unesco pour la paix en 2004, Manu Dibango a souvent mis sa notoriété au service de combats : lutte contre la faim dans le monde (Tam-Tam pour l’Ethiopie), libération de Nelson Mandela et liberté d’expression, réchauffement climatique. Son métier de musicien le mettait toujours autant en joie et il était occupé à préparer un projet autour du balafon. « Je suis passionné et curieux », résumait-il, pour indiquer que raccrocher n’était pas à l’ordre du jour pour lui.

     

    source: https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2020/03/24/le-saxophoniste-manu-dibango-est-mort-des-suites-du-covid-19-annoncent-ses-proches_6034197_3382.html

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