Yaoundé Maladie mentale L'état d'urgence

Maladie mentale : Yaoundé a mal à ses malades

Elles recommencent à être nombreuses, les personnes souffrant de démence qui, sans encadrement, arpentent les rues de Yaoundé de jour comme de nuit.

Appelées diversement dans nos communautés, des «fous», «des malades de la tête», des «aliénés», des «tarés», des «cinglés», ces personnes qui ont perdu le bon sens font partie de notre décor quotidien. Dans les rues, dans les dépotoirs d’ordures, devant les édifices publics, leur présence est devenue banale.

A quelques encablures du commissariat du 1er arrondissement de Yaoundé, un malade mental fait sa toilette tous les matins en tenue d’Adam dans l’indifférence générale du voisinage.

Du côté du cinéma théâtre Abbia, cette fois, c’est une dame qui brave les intempéries et subit, impuissante, les désirs sexuels des enfants de la rue. Un peu plus loin, au lieu-dit carrefour de l’intendance, une autre malade mentale livre sa nudité aux regards surpris des passants.

A quelques pas de là, c’est une autre femme un peu plus vieille qui a élu domicile dans un drain. Assise à même le sol et les pieds-nus, elle est adossée sur un sac contenant apparemment ses effets. Juste à côté, elle a construit un foyer à l’aide de trois petites pierres et y a déposé une vieille boîte de lait vide.

« Elle est en train de faire sa cuisine », ironise une commerçante du coin. «Elle ne dérange personne ici. Par contre, il y a un autre fou qui passe souvent ici, .lorsqu’on le Par Elvis Serge Nsaa voit, on recule d’abord parce qu’il est très agressif», poursuit la vendeuse. Toutes ces images de malades, ramènent aux souvenirs de certaines populations, l’histoire du célèbre malade mental, Kemayou qui, il y a quelques années, a violé une dame de la haute société au marché du Mfoundi à Yaoundé avant de se faire castrer.

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Alcoolo-dépendance

Victimes de dépression, de schizophrénie et d’épilepsie ou d’al-coolo-dépendance (pour ne citer que les plus courantes), les personnes souffrant des troubles mentaux sont de plus en plus nombreuses dans la ville de Yaoundé. Selon l’Organisation mondiale de la santé (Oms), 75 à 85 % des personnes souffrant de troubles mentaux graves ne reçoivent aucun traitement dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, contre 35 à 50% dans les pays à haut revenu.

L’insuffisance en moyens humains et logistiques ajoutée au nombre sans cesse croissant des malades mentaux limitent énormément les capacités d’accueil de l’hôpital Jamot de Yaoundé. Une situation d’autant plus préoccupante qu’en 1996, au moment où la capitale s’apprête à recevoir les chefs d’Etats africains pour le sommet de l’Oua, une opération spéciale fut menée pour libérer la ville de ses malades mentaux.

Ceux-ci furent alors « parqués » à Bafia par camions entiers, et ne revinrent à Yaoundé que plusieurs semaines après la fin de ce rendez-vous panafricain. On le reverra lors du sommet France Afrique de 2001. Ce déficit de structures de prise en charge et de spécialistes ouvre la voie à la stigmatisation et la marginalisation des victimes des troubles mentaux. Dans la plupart de nos sociétés, les pathologies mentales, assimilées au vice plutôt qu’à la maladie, sont objets d’étonnement, de réprobation, de crainte et parfois tournées en dérision.

Le phénomène explose aussi à cause du manque de soutien de la communauté. Certaines familles, épuisées et désespérées, ne se donnent plus la peine de s’occuper de leurs malades et finissent par baisser les bras. D’autres, de guerre lasse, n’arrivent pas à contenir les violences et les comportements étranges de leurs «fous».

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Ce délaissement familial explique en partie la prépondérance des pratiques traditionnelles et ésotériques dans le traitement des malades mentaux. C’est parfois l’inverse. C’est après avoir fait le tour des églises, des marabouts et autres que la famille décide d’amener le malade à l’hôpital. Le mauvais état de la psychiatrie s’explique enfin sous nos cieux par l’absence d’une véritable politique de prévention des facteurs qui constituent les principales causes des maladies mentales. Il fait savoir qu’en l’absence de traitement, le patient rechute. Celui-ci est alors généralement abandonné par la famille qui est épuisée de dépenser.

« C’est le cas de plusieurs fous qui sont actuellement dans les rues de Yaoundé », affirme le Dr. Laure Menguene, psychiatre. Elle note aussi l’insuffisance des médecins psychiatres au Cameroun, comme étant un facteur de ces errances des fous dans les rues. Le Dr. Laure Menguene fait savoir que la prise en charge de ces « fous » n’est pas de la seule responsabilité des hôpitaux, mais de l’ensemble de la société.

« L’hôpital Jamot est scindé en plusieurs services, parmi lesquels l’on compte celui spécialisé dans les maladies psychiques. Nos missions sont celles de la prévention ou du traitement. La prise en charge des malades mentaux qui sont dans la rue n’est pas la responsabilité des hôpitaux, mais de toute la société», déclare la psychiatre.

https://actucameroun.com/2019/07/03/maladie-mentale-yaounde-a-mal-a-ses-malades/

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